Tsar Magazine

Littérature et Sibérie Notre « Imaginaire Sibérien »

Immensité, aventure, nature, Goulag, liberté... Le nom de Sibérie est associé à des images qui constituent notre « imaginaire touristique sibérien ». Il a été forgé au fil des siècles par les écrivains français.

La Sibérie est-elle une « destination touristique » ? Comment une partie du monde réussit-elle à se glisser dans la liste des « idées de voyages » ? A l’évidence, elle doit d'abord réunir certains critères de base : être intéressante, sûre, accessible… Mais ces indispensables ne suffisent pas. Pour susciter un réel intérêt touristique, une destination doit aussi jouir d’un « imaginaire touristique ». C’est-à-dire un capital d’images, globalement positives, associées à son évocation dans l’esprit du potentiel voyageur. 

« Et si j’y allais ? »

Certaines destinations n’ont pas d’ « imaginaire touristique ». L’Azerbaïdjan, par exemple. Le pays est intéressant, sûr, accessible, abordable... Mais dans l’esprit du voyageur français, son nom n’évoque rien. Rien en tout cas susceptible de lui faire prononcer un jour la phrase décisive, préalable indispensable au voyage : « et si j’y allais ? ». Pour une agence de voyage, promouvoir une destination qui ne jouit d’aucun « imaginaire touristique » auprès de son public est une mission quasi impossible. Bien sûr, ce n’est pas le cas de la Sibérie. En France, l’« imaginaire touristique » de cette région s’est construit au fil des siècles, notamment à travers les textes des écrivains. 

Du Marquis de Sade à Sylvain Tesson

La Sibérie est présente dans littérature française dès le XVIIIe siècle. Elle apparait notamment dans un roman du Marquis de Sade, L’histoire de Juliette (1797). Elle y est décrite comme un paradis sadien, peuplé d’exilés lubriques et d’autochtones immoraux. Autrement dit, c’est un enfer. Au XIXe siècle, son image se corrige. Elle devient une terre certes rude et sauvage mais propice à l’aventure. Le courage des Décembristes qui y vivent relégués est mis en avant dans Le maitre d’armes (1840) d’Alexandre Dumas. Michel Strogoff (1876), inventé par Jules Verne, est un indépassable héros ! Parallèlement, au XIXe siècle toujours, des explorateurs reviennent de Sibérie et pour la première fois peuvent la décrire objectivement. Ainsi l'ethnologue Jules Legras, qui voyagea trois fois en Sibérie pendant la période de la construction du Transsibérien, en rapporta l’un des textes qui fit réellement découvrir cette contrée en France : En Sibérie (1899). Grâce à lui et à d’autres scientifiques-voyageurs, cette terre s’associe peu à peu à la notion d’immensité et de démesure. Arrive ensuite le XXe siècle et ses malheurs, qui ne viendront pas améliorer l’image de la Sibérie. Les Récits de la Kolyma, par Varlam Chalamov (1967), puis L’archipel du Goulag (1973) évoquent les horreurs des répressions staliniennes et ne plaident évidemment pas la cause touristique.

« Blaise Cendrars », Le train des écrivains

Il faut finalement attendre les années 2000, et plus exactement les années 2010, pour que notre « imaginaire sibérien » arrive à maturation. Et cela en grande partie grâce à un projet original mis en place par la Russie et la France et intitulé « Le train des écrivains ». Dans le cadre de cette « année croisée France-Russie» par ailleurs passée relativement inaperçue, seize auteurs français furent embarqués à bord d’un train spécial, qu’on baptisa pour l’occasion le Blaise Cendrars, en hommage à l’auteur de La prose du Transsibérien (1913). Ainsi, cette étonnante colonie d’auteurs entama-t-elle, au départ Moscou, un périple sibérien en direction de Vladivostok. L’idée était de leur permettre de vivre cette expérience, pour voir ce qui pourrait en ressortir, littérairement. Le résultat fut plutôt convainquant.

La Sibérie, vedette littéraire

En effet dans les quelques années qui ont suivi ce voyage, on a pu assister à la floraison d’un nombre impressionnant de livres évoquant le transsibérien et la Sibérie. Certains étaient directement liés à ce voyage « organisé » pour les écrivains. Ainsi le Transsibérien (2012) de Dominique Fernandez, qui reste à ce jour l’un des plus lus par les voyageurs et des plus proches de ce qu’on ressent à bord du train russe. D’autres ouvrages ont été publiés sans lien apparent avec le projet "Blaise Cendrars", mais quasiment selon le même timing. Ainsi Vladivostok, entre neige et mousson (2011) de Cédric Gras, mais aussi Le Lausanne Moscou Pékin (2013) de Christian Garcin et bien sûr l’incontournable Dans les forêts de Sibérie (2012), de Sylvain Tesson.

Transsibérien, une Sibérie possible

Ces livres et le bel écho qu’ils reçurent dans les médias français ont fortement contribué à parachever notre « imaginaire touristique sibérien ». Chaque auteur, à sa manière, venait par son ouvrage faire la somme des images précédentes : la Sibérie, oui c’est l’immensité, oui c’est l’aventure, oui c’est le devoir de mémoire. Mais chacun à sa manière rajoutait aussi sa sensibilité subjective de voyageur lambda. Et le lecteur pouvait enfin s’identifier à lui. Au point de réussir à formuler la fameuse phrase clef : « Et si j’y allais ». C’est d’ailleurs à cette époque, alors que le transsibérien et la Sibérie commençaient à se répandre dans les esprits français en tant qu’idée de voyage possible, que Tsar Voyages a lancé un site entièrement dédié aux voyages en trains russes.

Kamtchatka, Yakoutie, Ienisseï

On peut donc désormais affirmer sans hésiter que l’imaginaire touristique sibérien est prêt. Certes, il n’est pas 100% positif, mais ce n’est pas grave, il existe. Il génère des rêves, puis des projets et enfin des voyages. Il reste bien sûr que le Transsibérien et le Lac Baïkal qu’on lui associe ne résument pas la Sibérie. Il existe bien d’autres terres sibériennes dignes d’intérêt. Tsar Voyages les met déjà à l’honneur sur ses sites et sur ses brochures. Citons le Kamtchatka, la Yakoutie, le Ienisseï et l'Altaï.

Altaï, terre des chamans

L'Altaï, précisément, est une destination qui nous tient à cœur. Cette région montagneuse en effet cumule tous les atouts : elle est belle, intéressante, sûre, abordable, elle n’est pas polluée, pas dénaturée. Elle est parfaite. Il ne reste donc plus, pour pouvoir y envoyer nos voyageurs, que son « imaginaire touristique »  aujourd’hui en construction, se mette réellement en place. Heureusement, depuis le XVIIIe siècle, les moyens de communication ont évolué. Au-delà des livres, nous avons désormais d’autres supports pour la faire connaitre. YouTube, Facebook, Instagram sont des alliés. Malgré cela, tout conseiller de voyages relisant les merveilleux circuits de découverte de cette « terre des chamanes » se surprend à rêver ... d’une joyeuse colonie d’écrivains-voyageurs en route pour les monts de l’Altaï.

Laure Jacquet, Directrice Tsar Voyages à Paris


PS1 : Cette réflexion est le résultat de ma participation à la conférence « Sibérie, un trésor touristique ? » organisée le 26/02/2020 par le Cercle Kondratieff.

PS2 : A ceux que cet article intéresse, petit conseil de lecture complémentaire : le passionnant La Sibérie comme paradis (2019), sous la direction de Dominique Samson Normand de Chambourg et Dany Savelli. 

PS3 : Presque tous les livres cités dans cet article sont en vente à la Boutique Tsar Voyages. Retrouvez dans notre mini-librairie votre Kit de lecture Sibérie !


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